Vendredi, 21 Julliet 2017
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Eugène Gendlinsoutient l’Alphabétisation de la Pause

Par Eugène GendlinPh.D.

Le but de ce document est de soutenir l’Alphabétisation de la Pause. Ce projet est en parfait accord avec nos modes de procédures et nos conclusions, et il nous permet d’accéder à un développement complémentaire plus important.

Nous évoquerons :

a) Les raisons pour lesquelles nous pensons que votre plan pour une expansion globale offrede réelles possibilités.

b) La corroboration scientifique du projet

c) Nos résultats pratiques

d) Votre projet sera tout particulièrement efficace parce qu’il inclut aussi bien le Focusing que les dimensions environnementales, agricoles et économiques.

a) Les raisons pour lesquelles nous pensons que votre plan pour une expansion globale offre de réelles possibilités.

Nous estimons que votre plan pour élargir votre projet au monde entier est possible et pratique. Nous possédons des filiales actives dans 40 pays. Il est très probable que toutes accueillent avec enthousiasme votre innovation.

Au cours des dernières années, nous avons développé nos propres groupes de “bien-être” communautaire en Afghanistan, au Pakistan, au Salvador, et nous avons tenté de mettre en place de nouveaux projets dans d’autres pays. Nous accueillons bien volontiers votre innovation et votre expansion.

Hernández a développé une méthodeplus directe d’enseigner le Focusing par le biais de la Pause. Ses instructeurs l’enseignent à un nouveau groupe en un ou deux jours alors que cela nous prend beaucoup plus de temps. Sa méthodologie comprend beaucoup de petits exercices spécifiques pour trouver la Pause et pour encourager l’habitude la pratiquer. Ces exercices ont été créés par lui mais cependant il les enseigne essentiellement à travers une seule chose, la Pause. Ses instructeurs pratiquent la Pause tout le temps au cours de leurs interactions avec tout le monde. Ils se servent de n’importe quel sujet du moment pour créer un motif qui va permettre aux gens de pratiquer une pause, en plus d’avoir quelques secondes pour une connexion plus profonde avec eux-mêmes. Cela semble être une manière beaucoup plus rapide d’enseigner. Cela permet également que les personnes répandent la formation d’une manière tout à fait naturelle alors qu’elles pratiquent une pause durant leurs interactions avec les autres.

b) Corroboration scientifique du projet :

Nos résultats démontrentque l’être humain vit ses actions et ses interactions directement avec son corps. Cela explique pourquoi nous sommes plus visibles à travers notre corps que ce que nous croyons.Par conséquent, une grande partie de ce qui pourrait être important pour nous demeure intact. Il ne s’agit pas seulement d’information. Une grande quantité d’énergie, de nombreuses capacités et opportunités uniques reposent intactes dans notre corps. En général ce fait est bien connu depuis fort longtemps mais on ne comprenait pas très bien quelle était la fonction directe du corps dans nos expériences de vécu.

Au cours des dernières décennies, nous avons découvert qu’il existe une sorte de seuil à partir duquel il est possible de vivre son vécu corporel. Le corps répond à un certain type de sollicitation. Avec un peu d’entrainement, les gens peuvent apprendre à porter leur attention vers l’intérieur de leur corps et laisser surgir une qualité physique. Ce qui ressort peut être expansif, ou bien contracté, lourd, nerveux, ou parfois il n’existe tout simplement pas de mots qui permettent de décrire ….cette qualité.

Par la suite cette qualité peut se révéler peu à peu à petit pas : par exemple on peut ressentir : « Oh … ça alors ! C’est en train de se passer … ! Et ça aussi … ! »D’un seul coup, une compréhension de nombreux faits surgit rien qu'avec les mots « Oh ça ! » Si c’était exprimé oralement, cela donnerait : « Oh, je suis en train de m’impatienter avec lui parce qu’il ne comprend pas. Je comprends maintenant. Ce que je lui ai dit l’a déconcerté et il n’a donc pas la capacité d’assimiler ce que je suis en train de dire ». Mais toutes ces paroles demeurent implicites, nous n’exprimons que « Oh…ça alors ! » et puis après : « Et ça aussi ! ».

De nouvelles possibilités apparaissent implicites dans ce qui nait. Si des mots avaient existé, ils auraient pu être par exemple : « J’aurais pu m’exprimer d’une autre manière… ». Mais un meilleur sentiment surgit immédiatement avec une nouvelle version de ce que je souhaite dire. On peut dès lors l’exprimer à ce moment précis ou attendre que surgisse une version meilleure.

Le processus de vécu corporel est toujours extraordinairement spécifique. Il est toujours ainsi, uniquement de cette manière, et s’exprime obstinément et uniquement avec cette qualité bien que nous ne puissions pas le définir et c’est uniquement à travers ces petites étapes qu’il surgit, même s’il est indéniable qu’il peut nous surprendre.

La qualité corporelle est comme une petite porte à travers laquelle nous pouvons être en contact avec la vision qu’a notre corps sur ce qui est en train de se passer. Il est possible d’atteindre ce niveau de perception à n’importe quel moment si nous avons recours à la Pause.

Nous découvrons que le simple fait de prêter attention de cette manière détend tout le corps, même lorsque nous commençons avec quelque chose qui est tout sauf relaxant. Nos conclusions sur les facteurs psychologiques ont démontré une augmentation de la relaxation alors que les sujets étaient concentrés sur quelque chose de vraiment déconcertant. La raison de ce résultat paradoxal c’est que lorsque nous nous concentrons, nous ne nous trouvons plus immergés dans l’expérience et nous ne réagissons plus face à elle. Nous devenons une personne « plus grande » qui ressent une chose et en plus cette expérience.

Très souvent, notre enquête quantitative a démontré (dans des entretiens enregistrés de thérapies et d’orientation de relations) que les personnes qui pratiquent fréquemment des pauses et qui ensuite rectifient ce qu’elles ont dit avant la pause, sont souvent celles qui par la suite ont modifié beaucoup de facteurs de leur personnalité.

Nos corps ne sont pas comme des machines que nous avons construites et que nous mettons en marche. Le corps vivant se construit lui-même à partir d’une seule cellule et ne cesse jamais de se générer et de se régénérer selon le contexte dans lequel il agit, perçoit et pense. Lorsque nous réalisons une action qui requiert une certaine habileté, le corps régénère tout son système musculaire, nerveux et de circulation avec beaucoup de précision selon notre tâche minutieuse à effectuer.

Le penser est un processus corporel-sensoriel. Une pensée n’est pas quelque chose de statique, cela implique toujours des étapes supplémentaires qui n’ont pas encore fait leur apparition. Chaque pensée implique plus que la pensée en elle-même, cela va au-delà. Cela se doit au fait que chaque organisme vivant implique d’autres étapes de vécu. Les organismes ne sont pas faits de « choses » fixes qui se contentent d’exister. La vie ne suit jamais un patron figé mais dans certaines situations les gens se sentent les mains complètement liées, lorsqu’ils ne sont pas en contact avec le processus corporel continu de la vie.

c) Nos résultats pratiques:

Nous avons constaté que le Focusing entraîne une forte valeur ajoutée pour une grande variété d’activités humaines. Il augmente l’efficacité d’initiatives sociales pour améliorer quelque chose parce qu’il connecte l’amélioration proposée avec les personnes qui ensuite pourront la recréer depuis leur intérieur comme si elle leur appartenait.

Il existe dans tous les domaines des initiatives pour enseigner de meilleures façons de modifier la manière dont les gens ressentent et font les choses. Mais si ce changement se produit réellement, c’est à un niveau plus profond qui pour l’instant n’est pas accessible pour de nombreuses personnes. La plupart des organisations ignorent comment former les gens pour qu’ils puissent atteindre ce niveau caché en eux-mêmes. Pour cette raison, ce qui est proposé n’atteint pas l’endroit où les gens pourraient vraiment le trouver en eux-mêmes. C’est pourquoi l’objectif n’est atteint qu’en certaines occasions. Le Focusing permet aux gens d’arriver à « ce point » où le changement visé peut vraiment se donner. C’est la raison pour laquelle le Focusing est une contribution cruciale dans de nombreux domaines.

Chez les personnes emprisonnées pour des faits de violences, le Focusingentraîne une réduction significative de la récidive, fait démontré dans une recherche effectuée par Bierman. Les prisonniers affirment qu’à travers le Focusing "La situation est chaque fois différente". Désormais, lorsqu’ils sont furieux ils ne l’expriment pas immédiatement en actions. Il semblerait qu’il s’agisse de la même colère chaque fois mais en fait aujourd’hui ils se contrôlent et se concentrent. Ils trouvent la qualité corporelle et à partir de là la situation actuelle qui est à chaque fois différente. Le Focusing a été utilisé par quelques églises catholiques (Campbell et McMahon), des Sanghas bouddhistes (Aitkin, Rome, Heuman,) des communautés juives (Perl Stein) et musulmanes (Omidian, Muhammad). Une conférence internationale, qui se réalise pour la dixième année, applique actuellement le Focusing avec des enfants et dans des écoles, Le Focusing d’entreprise a mis en application de nombreuses bonnes pratiques. Ce ne sont là que quelques-unes des applications du Focusing.

En Afghanistan, Nina Joy Lawrence raconte de nombreuses anecdotes. Voici l’une d’entre elles :

Un paysan se dispute avec un de ses voisins :ce point d’eau se trouve sur ses terres. Le voisin proteste en disant qu’il lui appartient. Le paysan devient furieux et retourne chez lui pour prendre une arme avec laquelle il pourra sebattre. Il a maintenant une arme à la main et s’apprête à sortir de chez lui lorsqu’il se met à penser – conséquence de sa formation en Focusing : « Attends… peut-être qu’un invité va venir. Il met de côté son arme, s’assied et se tranquillise pour pouvoir recevoir « l’invité ».

En Afghanistan, le Focusing s’enseigne à partir d’un poème de Rumi qui dit : « Être humain, c’est être une maison d’hôtes. Tous les matins arrive un nouvel invité, une méchanceté, une colère, une joie… Souhaite-leur à tous la bienvenue. »

L’homme se dit, « Peut-être vais-je avoir un invité ». Comme il est plein de fureur, il ne cherche pas à savoir s’il éprouve un sentiment. « L’invité » ce n’est pas ce sentiment, ce n’est pas sa colère. Il n’a pas besoin de s’asseoir et de se calmer pour trouver cela. Il est évident qu’il se tranquillise pour trouver quelque chose qui n’est pas aussi évident que sa colère. Il y a ici une rupture radicale entre la colère avouée et le fait de se tranquilliser pour identifier l’invité inconnu.

Le paysan retourne où se trouve son voisin et lui dit : « Je suis désolé, j’allais me battre avec toi, mais je sais que si j’avais faim, tu me donnerais à manger ». Le voisin lui répond : « Il y a une minute, tu étais commeun fou furieux et maintenant tu es dans ton état normal. Qu’est–ce qui s’est passé dans celaps detemps ? »Il lui parla du Focusing. Et le voisin voulut apprendre le Focusing. Maintenant dans le village il y a une maison avec des pièces pour enseigner le Focusing.

Le Focusing est un complément important pour les autres modes de non-violence. (Il est actuellement utilisé très largement en association avec la Communication non-violente.) Et il ne produit pas que de la paix entre des individus spécifiques mais en plus il apporte de nouvelles possibilités pour que tous puissent résoudre une situation conflictuelle qui génère de la violence entre des groupes.

Un officier provincial d’Afghanistan nous a écrit en détail sur le Focusing dans son village traumatisé par 30 années de guerre. À la fin il a ajouté : « Et cela nous a rendu aussi plus pacifiques au sein de nos organisations. »

d) Le projet sera tout particulièrement efficace parce qu’il inclut aussi bien le Focusing que les dimensions environnementales, agricoles et économiques.

Le manque de combinaisonsassociativesa anéanti beaucoup d’efforts pour parvenir à différents types de développement séparément. Votre combinaison optimise en grande mesure l’effectivité de chaque effort.

Le changement intérieur est limité tant qu’on ne modifie pas la situation concrète dans laquelle nous devons vivre chaque jour. Mais découvrir de nouveaux outils et utiliser réellement de nouvelles méthodes est également limité si cela ne s’accompagne pas d’un changement intérieur.

Le désespoir et l’impuissance conduisent à un manque de motivation et d’énergie. L’impulsion pour agir n’arrive pas. On « s’habitue » à vivre de la même manière dont nous avons toujours vécu. La capacité de chaque être humain et le projet unique propre à chaque individu n’apparaissent pas.Cela évolue lorsqu’on enseigne de manière simultanée de nouveaux outils pratiques et des manières de modifier la situation. Lorsque nous entrons en contact avec le processus corporel de vie depuis l’intérieur, nous trouvons une énergie et des nutriments dont nous n’avions jamais soupçonné l’existence.

Hernández cite un exemple dramatique : son organisation met en contact de petits agriculteurs avec un marché internationaldemandeur de produits spéciaux qu’ils peuvent apprendre à cultiver. Il s’agit là de quelque chose de crucial et d’évident mais ces communautés isolées ne pouvaient pas s’en rendre compte seules. Désormais elles peuvent le faire sur leurs terres.

Les développements social et individuel sont imbriqués l’un dans l’autre et ont besoin l’un de l’autre. Il s’agit là d’une autre raison pour laquelle nous souhaitons la bienvenue à ce projet qui nous propose des dimensions que nous n’avions pu restituer jusqu’à maintenant

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